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Portrait de leader

Le cœur jeune grâce aux aînés

Monique Harvey
Monique Harvey
Photo : Michel Caron

20 mars 2008

Simon-Olivier Lorange

Alors que chaque automne déferlent inlassablement sur le campus de nouvelles hordes de cégépiens prêts à entamer leur vie universitaire, il demeure une petite équipe qui, depuis ses bureaux bien cachés dans la Faculté d'éducation, tient les rênes d'un programme d'enseignement destiné à un public à la chevelure autrement plus grisonnante.

À la tête de cette équipe se trouve Monique Harvey. Entrée en fonction en 2002, celle-ci occupe le poste de directrice de l'Université du troisième âge (UTA), qui permet aux personnes âgées de 50 ans et plus d'effectuer un retour – ou même une entrée – aux études.

Fondée sur le plaisir d'apprendre, l'UTA a été créée à l'Université de Sherbrooke en 1976 et est aujourd'hui présente dans 10 régions administratives. Malgré cette arrivée à maturité – des cours sont désormais offerts dans quelque 45 sites – la gestion à l'échelle provinciale est toujours assurée à l'UdeS.

Offrant des activités pédagogiques spécifiquement pensées pour une clientèle à la retraite ou sur le point de l'être, l'UTA regroupe dans la même classe autant des titulaires de doctorat que des personnes n'ayant pas terminé leur secondaire. Un créneau qui a littéralement charmé Monique Harvey lorsqu'elle s'est intégrée au projet en 2002.

La qualité de vie avant tout

«J'ai toujours été intéressée par l'amélioration de la qualité de vie chez les aînés, explique-t-elle. Il ne faut pas oublier que plus de 90 % des personnes âgées vivent à domicile et ne sont pas malades; elles ont donc besoin de ressources pour maintenir leur qualité de vie et les garder autonomes le plus longtemps possible.»

Cette passion pour le travail auprès des aînés ne date pas d'hier pour cette Gaspésienne d'origine. Titulaire d'un baccalauréat en éducation physique et d'un certificat en gérontologie, tous deux décrochés à l'UdeS, Monique Harvey commence dès 1988 à explorer le créneau de la prévention en matière d'habitudes de vie et d'éducation chez les personnes âgées. Après avoir été assistante de recherche à l'Institut universitaire de gériatrie de Sherbrooke, elle est prise d'une envie de pousser plus loin sa réflexion et amorce une maîtrise en gérontologie.

Désormais passionnée par l'importance de l'activité physique pour améliorer la capacité fonctionnelle chez les personnes âgées, elle collabore à l'élaboration de programmes spécifiques à la marche et à l'équilibre en matière de prévention des chutes à la Régie régionale de la santé. Incapable de s'éloigner des bancs d'école, elle conclut son parcours universitaire en obtenant un doctorat en éducation, au cours duquel elle étudie les déterminants d'un mode de vie actif, toujours chez les aînés.

Un public en évolution

Il n'est donc pas exagéré d'affirmer que la tranche la plus âgée de la population n'a pratiquement plus de secret pour Monique Harvey. La principale intéressée refuse toutefois d'affirmer qu'elle a fait le tour du jardin dans ce domaine où les défis continuent d'affluer.

«Je retire beaucoup de satisfaction de ce que je fais, mais je demeure consciente que nous sommes constamment en développement, reprend-elle. Nous devons toujours pouvoir répondre à de nouveaux besoins, puisque notre public ne cesse d'évoluer.»

«Par exemple, il y a de plus en plus de jeunes retraités – principalement des baby-boomers – dans la société, et l'UTA ne fait pas exception. Depuis 1997, le constat a été fait que notre public rajeunissait, de sorte que le nombre d'étudiants de plus de 80 ans n'a pas vraiment changé, tandis que celui des gens dans la cinquantaine et le début de la soixantaine a considérablement augmenté. C'est un facteur avec lequel nous devons composer.»

Plus ou moins paradoxalement, le retour au travail des jeunes retraités constitue un autre enjeu sur lequel l'UTA s'interroge actuellement. Par exemple, les gens prendront-ils leur retraite plus tard ou effectueront-ils tout simplement une réorientation professionnelle vers la cinquantaine? Quel sera l'impact sur l'offre des activités pédagogiques à l'UTA? Une étude de besoins sera possiblement amorcée en ce sens, mais de l'avis de la directrice, le projet serait encore embryonnaire, l'institution préférant mettre l'accent sur ses autres axes de développement, comme l'enseignement à distance.

Vers un retour en classe?

Monique Harvey
Monique Harvey
Photo : Michel Caron

En outre, même si les personnes âgées occupent actuellement le plus clair de son temps, Monique Harvey n'exclut aucunement la perspective de faire le passage du bureau à la salle de classe afin de transmettre son savoir et ses acquis à une relève passablement plus jeune. Il ne serait d'ailleurs pas surprenant de la voir faire le grand saut plus tôt que plus tard.

«L'enseignement est une option parmi d'autres que je me garde toujours ouverte, précise-t-elle. Au cours des années, je considère avoir amassé un bon bagage tant dans le domaine de la gestion que de la recherche, et je crois avoir quelque chose à apporter à des étudiants plus jeunes ou moins jeunes. Je suis une personne de défis, qui aime la variété et qui cherche à se renouveler. Mon parcours a d'ailleurs été teinté de cette façon. Je ne m'embarquerai jamais dans quelque chose si je ne suis pas prête, mais je sais très bien que quand le fruit est mûr, il faut le cueillir.»

En attendant cette avenue potentielle dans son parcours professionnel, Monique Harvey poursuit avec passion son travail auprès de l'UTA, ce qui ne rate pas d'occuper amplement son emploi du temps. Entre deux voyages aux quatre coins de la province, au cours desquels elle a l'occasion de consulter les comités régionaux liés au programme d'enseignement qui lui tient tant à cœur, la quadragénaire réussit tout de même à trouver quelques moments pour assouvir son autre passion, l'activité physique.

«Je ne peux tout de même pas demander aux autres de croire aux vertus de l'activité physique sans y croire moi-même! conclut-elle. La qualité de vie, c'est aussi de savoir créer un équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Ça demeure un défi de tous les jours, mais comme je le disais, je suis une femme d'action et de défis, alors disons que ça ne m'effraie pas trop.»

Comme quoi travailler avec les aînés peut contribuer à avoir le cœur jeune.